Comment construit-on du pluralisme dans le champ des S&T ? (atelier NoST, Paris)

Des pratiques : Comment construit-on du pluralisme dans le champ des S&T ?

Nous vivons dans une société qui promeut les valeurs de tolérance et de pluralisme mais qui a, à l’évidence, du mal avec leur mise en œuvre. La question de la laïcité, avec les controverses relatives à l’interprétation même du concept (entre laïcité de combat et laïcité d’ouverture) est un exemple emblématique de cette tension. Or, la régulation du champ des sciences et techniques pourrait fournir une clef d’entrée dans le débat certes pratique et apparemment moins idéologisé que des problèmes tels que l’interprétation de la laïcité, mais en même temps susceptible de contribuer à éclairer les multiples facettes de la question du pluralisme dans nos sociétés. Au tout début de cette intuition, qui n’a encore rien d’une réflexion, l’on trouve la notion de « coexistence » utilisée dans le débat sur les OGM (coexistence des filières OGM et non-OGM). Certes, il s’agit d’une notion essentiellement économique mais l’on pourrait peut-être en tirer une acception plus vaste et plus riche, à la manière dont Carbonnier avait promu le pluralisme – en tout cas législatif – dans le domaine du droit du divorce (« à chacun sa famille, à chacun son droit »).

1/ Clef d’entrée pratique : est-ce que la construction d’une filière non OGM est compatible avec une filière OGM ? Le nucléaire et le non-nucléaire ? L’énergie hydraulique ou au charbon ? Le don d’organes post mortem, le don entre vivants et la xénogreffe ? La FIV avec tiers donneur et sans tiers donneur ? Les robots et les humains ? La vente et le don d’organes ? La maternité de substitution gratuite et payante ? La recherche sur l’embryon et sur les cellules somatiques ? La multiplicité des exemples présente l’avantage que plusieurs centres pourraient travailler sur cette thématique. Cette entrée serait pratique au sens où il s’agirait d’abord d’une analyse relevant d’une sociologie ou d’une histoire des pratiques, permettant de montrer comment tel discours ou telle technique s’impose et si des techniques rivales ou en compétition peuvent ou non coexister ;

2/ Clef d’entrée plus théorique, susceptible d’intéresser les juristes, les économistes (et leur concept de « dépendance au sentier », « path dependency »), les philosophes (et notamment les spécialistes du libéralisme), les historiens, les épistémologues des sciences, etc.

-Il y aurait d’abord matière à construire une généalogie de la façon dont certaines questions se posent de façon cruciale à un moment donné puis plus du tout après. Nous pensons par exemple au clonage thérapeutique, qui fait l’objet d’une effervescence à une époque, et dont on ne parle plus du tout ou presque, ce qui ne peut être attribué au seul fait que le droit français l’a constitué en délit ;

-il y aurait ensuite la question cruciale du rôle des différents acteurs (Etat, marché, professions, individus) dans la construction de la coexistence entre techniques et de son rejaillissement sur l’élaboration de la science (pour que la coexistence des techniques ait du sens, il faut que la connaissance scientifique continue à progresser). C’est là que le champ des sciences et techniques peut – ce serait l’hypothèse de l’atelier – être emblématique des tensions que notre société connaît sur d’autres questions, notamment eu égard à ce qui est demandé à l’Etat : le pluralisme suppose une forme d’indifférence axiologique de l’Etat mais sa construction nécessite au contraire une forte implication de celui-ci sous la forme de choix politiques. En outre, cette problématique est rendue d’autant plus complexe quand on envisage l’action à l’échelle européenne : l’Europe, des droits de l’homme et économique, renforce-t-elle le pluralisme, le réduit-elle, le transforme-telle ? Le droit pourrait constituer un fil rouge dans ce débat très vaste : d’une part, il est particulièrement sollicité par les pouvoirs publics pour encadrer les pratiques dans le champ des sciences et techniques ; d’autre part, il constitue une formalisation aboutie de ce qui est permis, encouragé, interdit ou simplement toléré.

Pilotage :

Florence Bellivier, Université Paris Ouest Nanterre, CDPC, rattachée au Centre « Normes, sciences et techniques » de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Brice Laurent, CSI, Ecole Mines-Paristech

Calendrier et méthode de travail :

L’ampleur du thème invite à proposer qu’il soit traité sur une longue période.

Un atelier préparatoire pourrait se tenir au printemps 2017, destiné simplement à recenser les pratiques pour lesquelles cette question du pluralisme technologique se pose, dans le champ de la santé, de l’environnement, de la bioéthique, de la production industrielle. Fin 2017 ou début 2018, on pourrait envisager une journée de réflexion, durant laquelle les pratiques recensées devraient être mises à l’épreuve de réflexions philosophiques, historiques, sociologiques ou économiques sur le sujet. Fin 2018 ou début 2019, si l’hypothèse est fructueuse, un colloque sur la démocratie et le pluralisme technologique pourrait être organisé.

Participants :

Virginie Albe – ISP
Barreau, Catherine – IODE INSTITUT OUETS DROIT EUROPE UMR CNRS/RENNES1 6262
Bellivier, Florence – Paris-Nanterre / CNST (Paris 1)
Benos, Céline – Espace de Réflexion Ethique du Limousin
Bertoldi, Nicola – IHPST
Bognon-Küss, Cécilia – IHPST, Unviersité Paris 1 Panthéon Sorbonne
Bouabdallah, Safia – CERCRID, UNIVERSITÉ DE SAINT-ETIENNE
Boucaron Nardetto, Magali – GREDEG – UCA
Bouillot, Pierre-Etienne – AgroParisTech
Bourdeau, Michel – IHPST
Brunet, Laurence – Institut des Sciences juridique et philosophique de la Sorbonne (UMR 8103)Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – CNRS
Camproux Duffrene, Marie-Pierre – SAGE
Colmellere, Cynthia – IDHES- ENS Cachan
Del Sol, Marion – IODE (UMR CNRS 6262-Université de Rennes 1)
Delemarle, Aurelie – LISIS
Deltorn, Jean-Marc – CEIPI, université de Srasbourg
Desmoulin-Canselier, Sonia – UMR 6297 Droit et Changement Social
Dulong De Rosnay, Melanie – ISCC/CNRS/Sorbonne
Dumas-Lavenac, Sophie – IFG et IODE (membre associé)
Girard, Fabien – Université Grenoble Alpes – Maison Française d’Oxford
Goulet, Frédéric – UMR Lisis
Guibet Lafaye, Caroline – CNRS, CMH
Guilbot, Michèle – IFSTTAR / Département Transports Santé Sécurité / Laboratoire Mécanismes d’Accidents
Joly, Pierre-Benoit – LISIS
Kessel, Nils – LISIS
Lacour, Stéphanie – ISP ENS Paris Saclay
Langlais, Alexandra – IODE UMR 6262
Lassalas, Christine – Centre Michel de l’Hospital EA 4232
Lemoine, Marion – IODE UMR 6262 CNRS Université Rennes I
Lhoste, Evelyne – Lisis
Loconto, Allison – LISIS
Loupsans, Delphine – Onema-departement R&D
Louvel, Severine – sciences po grenoble
Makki, Sami – Sciences Po Lille / CERAPS-Lille2
Maouene, Mostefa – Université de Sidi bel abbès -Algérie.
Meite, Youssouf – LAASSE, Laboratoire de sociologie (Université FHB Abidjan) chercheur associé au SAGE-Strasbourg
Montalban, Matthieu – GREThA université de Bordeaux
Nadaud, Séverine – OMIJ-CRIDEAU EA 3177
Ngo, Mai-Anh – GREDEG
Noiville, Christine – CRNST
Picavet, Emmanuel – IHPST directeur de NoSoPhi par ailleurs
Pontille, David – Centre de Sociologie de l’Innovation • i3 (CNRS 9217)
Ravillon, Laurence – CREDIMI
Renard, Bertrand – INCC Belgique
Rey, Olivier – IHPST
Ruphy, Stéphanie – Université Grenoble Alpes / IHPST
Samson, David – CENJ-EHESS
Saurel, Pierre – SND/Université Paris-Sorbonne
Selmi, Adel – LISIS / INRA
Steer, Sylvain – Iut d’Orsay – Université Paris-Sud
Tabau, Anne-Sophie – CRJ Université de La Réunion
Tessier, Peggy – IHPST
Thomas, Jessica – LISIS / INRA
Truilhé-Marengo, Eve – CERIC – CNRS
Weller, Jean-Marc – LISIS/Université Paris-Est